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LARGENT DES EOLIENNES
Au-delà des débats quil suscite en termes desthétique
et denvironnement, léolien apparaît comme
un secteur économique en pleine expansion. Comment expliquer
un tel essor ?
LAURENT BIJARD, journaliste
Cest un Noël historique que vient de vivre le groupe
EDF. Déjà très heureux du record atteint par
laction EDF, ses dirigeants ont pu sabler le champagne après
la mise sur le marché de la « petite » filiale
EDF Énergies nouvelles. Lintroduction en Bourse de
ce bébé prometteur a déclenché en novembre
dernier une frénésie folle. Les investisseurs institutionnels
étaient prêts à miser plus de dix milliards
deuros sur le champion français de léolien.
Le titre sest envolé de 40 % en quelques semaines.
Les stratèges dEDF EN écartent tout risque de
« bulle » : « Nous avons acquis une réelle
crédibilité, avec un véritable actif, une expérience
et une présence internationales. Enfin, nous sommes la filiale
dune vénérable maison à la compétence
reconnue », assure Antoine Saglio, directeur adjoint dEDF
EN.
Du rêve et de largent.
Il est vrai quEDF nourrit pour sa filiale lambition
de détenir rapidement 30 % du marché de léolien.
Pierre Gadonneix, son P.-D.G., affirme que son groupe a la ferme
intention dinvestir autant dans cette énergie propre
que dans la nouvelle génération de réacteur
nucléaire EPR, soit plus de 3 milliards deuros dici
2010...
Dans lHexagone, nouvelle terre de cocagne des aérogénérateurs,
la production éolienne française double tous les ans.
400 MW en 2004, 700 en 2005, 1 500 fin 2006
Le groupe EDF
nest pas le seul à se tourner vers ce qui ressemble
de plus en plus à lindustrie du vent. Les mastodontes
du Cac 40 ont pris la place des doux rêveurs écologistes
et des PME pionnières. Le n° 1 mondial du nucléaire,
Areva, le géant de lor noir, Total, et même le
gazier GDF se mettent à lénergie verte. Une
stratégie qui permet de soigner limage, avec lespoir
de brasser beaucoup dargent
Dix ans après le protocole de Kyoto, les temps ont changé.
Le développement durable est devenu un must. Le réchauffement
de la planète et la lutte contre les gaz à effet de
serre sont désormais des thèmes en vogue. Le succès
planétaire du film dAl Gore et lirruption des
idées de Nicolas Hulot dans la campagne présidentielle
en France renforcent une tendance de fond. Mais cest la décision
de lÉtat de soutenir largement la diversification des
sources dénergie qui semble surtout susciter laffection
naissante des groupes industriels pour le vent.
Tout commence en juin 2001 avec larrêté Cochet.
Dans le pays qui peut se flatter dêtre un des meilleurs
élèves dEurope en matière de gaz à
effet de serre grâce au nucléaire (80 % de lélectricité
consommée) et à lhydraulique (plus de 10 %),
le gouvernement Jospin entend limiter ces émissions de CO2
et encourager lémergence des énergies propres.
Un plan « éolien » est mis en uvre au nom
dune directive européenne qui ne loblige en rien.
La France choisit de sinspirer des politiques de subventions
mises en uvre dans deux pays précurseurs, lAllemagne
et le Danemark. LÉtat garantit le rachat de lélectricité
verte par EDF, à un prix environ trois fois supérieur
à celui du courant produit par les centrales nucléaires
! EDF ne proteste pas, car le coût de la mesure est finalement
répercuté dans la facture présentée
à ses clients.
Bientôt sept mille éoliennes en France.
Un choix conforté par le gouvernement Villepin qui, dans
la foulée de sa loi dorientation énergétique
de 2005, publie un arrêté en juillet dernier qui fixe
à 8,38 centimes deuros le prix pour le rachat obligatoire
du courant éolien pendant quinze ans ! « La droite
aurait pu suspendre les mesures du gouvernement Jospin mais lAdeme
(Agence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie)
et le lobby éolien ont vanté une énergie propre
et gratuite. Enfin, la plupart des maires ruraux sont candidats
à une ferme éolienne sur leur commune, appâtés
par la taxe professionnelle », remarque Didier Wirth, président
du Comité des parcs et jardins de France, qui sinquiète
de la délicate intégration de machines toujours plus
imposantes dans le paysage. Car, désormais, la France affiche
ses ambitions dans le Journal officiel : 13 500 MW éoliens
en 2010, 17 000 MW en 2015, soit près de sept mille éoliennes
réparties sur le territoire, pour le plus grand bonheur des
industriels du vent
En coulisses, les membres éminents de la Commission de régulation
de lénergie sarrachent les cheveux. Lanalyse
quils ont fournie en 2006 au gouvernement na servi à
rien. Selon eux, le tarif établi par le gouvernement est
trop élevé et il « occasionne une rentabilité
des capitaux propres trop importante (
), de lordre de
20 à 40 % par an, après impôts, garantie sur
quinze ans, pour des sites moyennement ventés. » (Chez
EDF EN, on avance un taux de 9 %.) Mais le groupe de sages va plus
loin : il est le premier à chiffrer un surcoût de lénergie
éolienne de 1 à 2,5 milliards deuros par an.
Sa conclusion ? Loption choisie « représente
un soutien disproportionné à la filière éolienne,
au regard du bénéfice attendu ».
Dautres experts le reconnaissent : lénergie éolienne
nest vouée quà jouer un rôle dappoint
au sein dun véritable bouquet énergétique.
Un « outsider » parfois capricieux, qui ne fonctionne,
en moyenne, quun jour sur quatre, et qui sarrête
quand la vitesse du vent dépasse les 90 km/h
Un apport
aléatoire qui oblige les gestionnaires de réseaux
de transport délectricité à une extrême
dextérité : loffre délectricité
devant toujours être égale à la demande. Lusage
déoliennes nécessite ainsi de prévoir
une centrale thermique prête à prendre le relais en
cas de souci de vent. Un comble, quand la politique affichée
est de réduire les émissions de CO2
Enfin, les spécialistes du climat rappellent que les deux
principales causes démissions de gaz à effet
de serre restent les transports et le chauffage des habitations.
Ainsi, à la fondation Nicolas-Hulot, on sétonne
de cet engouement pour léolien, qui représente
une part aussi faible de la consommation (0,2 %), quand un programme
déconomie dénergie, comme lisolation
des logements, pas plus exigeant en argent public, pourrait faire
baisser la consommation dénergie de 10 %. Malheureusement,
cette efficacité na pas encore trouvé son logo
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