Parc
de Bouin.Dressées en demi-cercle face à
la mer, les pales des éoliennes géantes
brassent le souffle marin
ADEME : Agence de l'environnement et de la maîtrise
de l'énergie
L'île de Noirmoutier, immortalisée jadis
pour ses moulins à vent, se prélasse
dans l'horizon océanique. L'air sent le gros
sel, le varech et la salicorne. Sur la piste qui longe
la mer, au milieu des polders, des cyclistes en cirés
rouges et jaunes pédalent, nez à la
brise. Ici, à Bouin, le vent n'est pas vain.
Dressées en demi-cercle face à la mer,
les pales de huit éoliennes géantes
brassent le souffle marin. Au pied des énormes
mâts, on entend le bruit des vagues au loin.
Les cyclistes s'arrêtent, font quelques photos
des engins et reprennent leur piste. Le parc éolien
de Bouin, jusqu'à peu le plus puissant de France,
est devenu, depuis sa mise en service en juin 2003,
une destination touristique incontournable en Vendée.
Il figure sur les guides au même titre que les
marais salants, la maison de Clemenceau ou le port
de Saint-Gilles. Avec ses 19,5 MW, il assure la consommation
énergétique de 20 000 foyers ou 50 000
habitants, soit l'équivalent de la ville de
La Roche-sur-Yon, à 60 kilomètres de
là.
« Nous sommes devenus une référence
pour toutes les régions de France. Il est vrai
que nous avons eu la chance de trouver un site idéal.
Il y a peu d'habitations à proximité.
Tout a été imaginé en concertation
totale avec la population. Un sondage a été
réalisé quelques mois après l'installation
des éoliennes. 96 % des personnes interrogées
et qui vivent dans l'environnement immédiat
se disent satisfaites du parc », explique Cyril
Perrin, chargé du dossier au Syndicat d'énergie
de la Vendée
Bouin, la vitrine. Dans la guerre qui divise la France
sur les éoliennes, Bouin offre une vraie vitrine
aux partisans. Même l'association Vent de colère
(lire ci-contre), figure de prou des opposants, se
fait discrète sur le cas de Bouin : «
Normal qu'on n'entende pas le bruit des aérogénérateurs.
C'est la mer qui le couvre », commente, laconique,
son président de Charente-Maritime Michel Broncard,
pourtant tatillon sur le moindre décibel. Depuis
cinq ans, la France tente de rattraper son retard.
Deuxième gisement éolien d'Europe (ressources
en vent), elle est à la traîne pour son
exploitation. L'implication d'EDF dans le rachat de
l'électricité a ouvert le marché.
Devenant rentable (1), l'éolien a aiguisé
les appétits. Le Languedoc-Roussillon, la Bretagne,
le Nord-Pas-de-Calais, régions particulièrement
bien servies en vent, s'y sont lancés à
fond.
Puis, petit à petit, la campagne française
s'est couverte d'éoliennes. A une centaine
de kilomètres au sud de Bouin, le parc éolien
de Saint-Crépin-de-Richemont, en Charente-Maritime,
est installé au sommet d'une petite colline,
à une trentaine de kilomètres de l'Océan.
Le paysage agricole où les six machines tournent
est scarifié de deux lignes à moyenne
tension, et enlaidi d'un château d'eau et du
silo à grains de Tonnay-Boutonne. C'est le
parc en service le plus méridional de la région
Sud-Ouest.
Saint-Crépin dans la douleur.
Plus modeste que celui de Bouin, il atteint une puissance
de 9 MW et peut fournir l'électricité
pour 9 000 foyers. Sa mise en service ne fut pas de
tout repos. L'association Vent de colère en
a fait sa croisade et obtenu de la préfecture
un décret propre à la Charente-Maritime
: aucun projet de parc éolien
ne pourra voir le jour à moins de 900 mètres
de toute habitation.
La réglementation française est pourtant
la plus stricte d'Europe vis-à-vis des nuisances
sonores puisque le niveau d'émergence du bruit
d'une éolienne ne doit pas dépasser
le niveau d'avant son installation. En clair, le niveau
zéro, si c'est le silence qui régnait
auparavant sur le site. « Il n'y a que les promoteurs
qui disent que les nouvelles éoliennes ne font
pas de bruit », assure Michel Broncard.
Résultat, sur les dix-huit dossiers
d'éoliennes déposés en Charente-Maritime,
beaucoup ont déjà été
abandonnés en cours de route. Seuls Saint-Crépin
et Bernay-Saint-Martin (travaux en cours) ont obtenu,
jusqu'alors, le feu vert définitif. Quatre
projets ont été rejetés, neuf
sont encore en enquête publique, trois font
l'objet de recours.
Pas de volonté politique
Même constat un peu plus au sud, dans le Médoc,
où le projet de parc éolien du Verdon
est tombé dans l'estuaire : « Il faut
une volonté politique pour soutenir les projets
éoliens. Au Verdon, elle n'y était pas,
c'est le moins qu'on puisse dire », fulmine
Pierre Girard, directeur de la société
béglaise Valorem, qui portait le projet. Le
Nord-Médoc dispose pourtant d'un bon gisement
éolien.
Encore plus au sud, rien avant l'Espagne. «
C'est vrai que l'Aquitaine a pris du retard, mais
moi je préfère parler de l'avenir »,
explique Alain Mestdagh, de l'Ademe (2) Aquitaine.
« En 2002, nous avons fait réaliser une
étude sur les ressources en vent de la région.
Mais nous n'y avions pas intégré les
contraintes du raccordement au réseau. Cette
hypothèque qui a freiné bien des projets
est sur le point d'être levée par une
étude complémentaire. Fin 2007, notre
carte des gisements éoliens d'Aquitaine sera
complète. Et les projets qui sont à
l'étude en Gironde et dans les Landes pourront
voir le jour d'ici deux ou trois ans. »
(1)
L'investissement est estimé à 1 000
euros par kilowatt installé pour une rentabilité
de 10 % par an. Après dix ans, c'est tout bénéfice,
et la durée de vie d'une éolienne varie
entre 20 et 25 ans.