Jeumont SA: arrêt définitif pour l'éolien
La Voix du Nord Samedi 26 novembre 2005

La société n'assure plus que la maintenance de la cinquantaine de machines qu'elle a construite
L'éolien à Jeumont SA, c'est fini. Une expérience sans lendemain. Si les premiers prototypes remontent à 1999, la fabrication avait réellement débuté en 2001, la commercialisation a cessé début 2005. Jamais l'activité n'est réellement parvenue à décoller. Illustration de ces déboires : la société sambrienne a récemment intenté un procès contre un groupe d'investisseurs canadiens à qui elle réclame 1,9 MEuro(s) E. Soit le montant d'un prêt qu'elle leur avait consenti pour l'aménagement d'un parc éolien en Gaspésie (Québec).
Hervé Himmer, directeur de l'activité *éolienne* à Jeumont SA, pointe le manque de fiabilité de ce groupement d'affaires aujourd'hui en grave difficulté et qui cherche à revendre le parc. Mais il y voit aussi les effets pervers de l'éolien : « /Ce sont les investisseurs qui en profitent mais les fabricants en supportent les coûts/ ».
Manque d'appui
Sur un marché très concurrentiel, Jeumont SA n'avait jamais trouvé sa place : seuls cinq parcs éoliens ont été aménagés par ses soins, dont le plus proche à Widehem (Pas-de-Calais). Une cinquantaine de J 48 (le modèle maison, fournissant 750 kw/h) a été construite. Autre problème pointé par le responsable : le manque de soutien public. « /Les concurrents espagnols ou allemands ont eu des aides massives de leurs gouvernements/ », remarque H. Himmer. D'autant que les fabricants étrangers ont débuté l'aventure bien avant la société sambrienne.
Cet appui, Areva, le mastodonte de l'énergie et maison mère de Jeumont SA, ne l'a pas non plus accordé, visiblement pas convaincue par les perspectives de développement de l'activité. « /Année après année, il a fallu mettre en place des correctifs/ ». Jeumont SA était notamment en quête d'un partenariat avec une société plus expérimentée pour bénéficier d'un retour de savoir-faire. Des pourparlers ont été ouverts avec le japonais Mitsubishi.
Sans aboutir.
Sur le plan de l'emploi, la bonne santé des autres divisions de Jeumont SA (nucléaire et électromécanique) a heureusement permis de repositionner des salariés (ils étaient soixante, il en reste une vingtaine). Sur le plan financier, la disparition de l'éolien entraîne une perte notable (elle a représenté jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires total). « Les soucis financiers ont été contrebalancés par des activités qui fonctionnent bien », résume H. Himmer.
La fin de l'éolien est paradoxale alors que la France a voté en mai une loi fixant à 21 % en 2010 la proportion d'électricité fournie par les énergies renouvelables. « Les stratégies évoluent. Areva est un groupe public. » Et qui sait si un futur gouvernement voudra en faire une priorité et relancer la filière. « Les compétences sont là », note H. Himmer.
L'éolien n'a pas totalement disparu puisque Jeumont SA assure auprès des clients la maintenance et le remplacement de composants défectueux.
C. L. C.


 

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