Publié le 14 juillet 2008 - 09:38

Une éolienne écrasant un clocher... C'est l'image
que veut désormais éviter le nouveau schéma
départemental.
Adopté jeudi, il étend la notion de préservation
des paysages, architecturaux et naturels.
Le schéma départemental adopté récemment
met un frein au développement des parcs éoliens.
L'Eure-et-Loir est le premier département français
en terme d'équipement de ce type.
109 éoliennes déjà en fonctionnement sur
194 autorisées... Voilà qui donne la mesure du développement
rapide qu'ont connu les parcs éoliens dans le département.
Si rapide que le schéma départemental, adopté
récemment à l'unanimité par la commission
départementale de la nature et des paysages, vient de mettre
un sérieux frein à cette progression exponentielle,
estimant que l'Eure-et-Loir ne devait pas devenir terre d'accueil
de toutes les entreprises en quête de grands espaces.
Car la plaine de Beauce et ses vents constants attirent les convoitises
en la matière. Au point que fin 2006, le département
était devenu le premier département français
en nombre d'éoliennes comme en production. Avec 231 MW
pour les seules éoliennes en fonctionnement, et 213 pour
les éoliennes déjà prévues, l'Eure-et-Loir
produit à lui seul 15 % de l'énergie éolienne
nationale. Certes, les prévisions européennes sont
à la hausse. « Mais il me semble que le département
a largement apporté sa contribution à l'équipement
du pays en énergies renouvelables. Ce n'est plus la peine
d'en rajouter », explique le préfet Jean-Jacques
Brot, qui estime nécessaire de prendre en compte les nécessités
de développement touristique et d'environnement. «
Toutes les éoliennes ne seront pas interdites, mais ce
sera limité », prévient-il.
Difficile, en effet, d'espérer une forte valorisation
du patrimoine touristique quand les gigantesques pales blanches
écrasent le clocher local... Et au premier rang des zones
désormais « interdites » aux éoliennes
figurent ainsi toutes celles qui ont vue sur le plus haut clocher
d'Eure-et-Loir, la cathédrale de Chartres.
Protéger les oiseaux
C'est une des raisons du refus du projet de Courville et Saint-Arnoult-des-Bois,
par exemple (lire ci-dessous), mais pas seulement. Ont, en effet,
été prises en compte dans ce cas précis des
nécessités de préservation de l'environnement,
un élément que le nouveau schéma met en avant.
Exemple simple : « Je trouverais idiot de mettre des éoliennes
en zone de protection des oiseaux », résume le préfet
d'Eure-et-Loir. Sont donc exclues toutes les régions qui
ont un intérêt particulier dans le domaine, et, au-delà,
toutes les zones précieuses en terme de faune ou de flore
: forêts et bois importants, zones humides, coteaux, pelouses
avec une mention spéciale pour la vallée de la Conie
qui fait l'objet d'un moratoire.
Des études sont actuellement en cours sur cinq parcs éoliens
de Beauce pour déterminer les effets des éoliennes
sur les oiseaux. Pertes d'habitat, modifications de comportement,
modifications de trajets des espèces migratoires... Autant
d'éléments qui seront passés au crible avant
de déterminer les conditions d'autorisation des éoliennes
dans certains sites sensibles. Le nouveau schéma départemental
n'est pas un cadre strict, mais plutôt un outil précieux
pour les entreprises candidates à l'implantation d'éoliennes
comme pour les communes, parfois attirées par l'enjeu financier,
et devrait permettre d'éviter de mettre sur pied des dossiers
qui seront à coup sûr refusés. Seule brèche
ouverte dans ce cadre très strict, les zones « où
l'atteinte est déjà irrémédiable »
: les grands parcs du sud du département.
Deux refus et un projet revu à la baisse
Les derniers projets présentés ont subi les effets
de ce nouveau vent qui souffle sur le dossier des éoliennes.
Châtillon-en-Dunois présentait un projet de zone
de délimitation éolienne des « Trois Vallées
». Il a été accepté, mais modéré
à six éoliennes pour 24 MGW.
À Charonville-Saumeray-Bouville et Ermenonville-la-Petite
, le projet de douze éoliennes a été rejeté
à l'unanimité par la commission. Cause du refus,
le manque d'informations qu'avait transmises la société
candidate en matière de protection du paysage. Des éoliennes
étaient notamment visibles à proximité d'églises.
À Courville et Saint-Arnoult-des-Bois , le permis de construire
était déjà déposé quand le
projet de huit éoliennes, qui était soutenu par
la communauté de communes (mais pas par le maire de Saint-Arnoult-des-Bois),
a été rejeté à l'unanimité.
La commission a retenu deux écueils contre ce projet :
la visibilité sur la cathédrale et une zone naturelle
à préserver.
Isabelle Gabrion